Guillaume Richard dit Lafleur : un notable et une victime

 Les gens qui arrivaient en Nouvelle-France débarquaient généralement à Québec. Aussi, pour beaucoup de familles, le berceau se situe justement autour de l’Île d’Orléans et du Cap Diamant. Cependant, le pays était beaucoup plus vaste. Tout le long du fleuve et des principales artères fluviales sont apparus des postes de traite et des comptoirs d’échange de marchandises. La prudence la plus élémentaire de l’époque exigeait que ces postes soient fortifiés et que des garnisons militaires en assurent la sécurité, d’autant plus lorsqu’il s’agit de défendre une ville naissante comme Montréal, bâtie à proximité de villages iroquois.

C’est dans ce contexte que le fils d’un marchand de blé de Saint-Léger, en Charente-Maritime, un jeune homme qui voyait probablement davantage son avenir dans une carrière militaire que dans le commerce de son père. Guillaume Richard dit Lafleur s’embarquait donc à La Rochelle toute proche pour traverser l’océan, débarquer à Québec et se rendre à Montréal afin de défendre cette ville consacrée à la Vierge Marie. S’est-il rendu exactement à Montréal? L’a-t-on affecté à d’autres missions? Mes sources restent muettes à ce sujet. On sait toutefois qu’en 1664, il était au pays et qu’en 1674, il figurait au nombre des sergents de la garnison de Montréal.

Garder trop de soldats mobilisés coûte très cher puisqu’il faut les loger, les nourrir et les payer. Quant au fantassin qui n’a rien d’autre à faire de ses journées que de faire une ronde de routine et quelques exercices militaires, les trop longs moments d’oisiveté l’incitent toujours à abuser de l’alcool, à dépenser leur solde aux cartes et à tenter de se distraire avec les jeunes filles. Donc en temps de paix, plusieurs s’établissaient sur des terres et gardaient leurs armes prêtes pour un éventuel appel sous les drapeaux.

Guillaume Richard troqua donc l’infanterie pour la milice, il passa devant le notaire Basset en compagnie d’Agnès Tessier afin d’officialiser leur union et il se dirigea du côté de Pointe-aux-Trembles. En 1681, on apprend qu’il est maréchal 9probablement maréchal-ferrant et il gagne sa vie à chausser les chevaux), qu’il a trois enfants, une fille et deux garçons. Guillaume, semble-t-il, est toujours resté d’une façon ou d’une autre au service de la communauté à laquelle il appartenait. Il est marguiller, il est aussi lieutenant de milice. Ses activités ne l’ont pas empêché, lui et Agnès, de donner le jour à au moins huit ou neuf enfants dont Urbain, le plus jeune, qui n’eut pas vraiment le temps de connaître son père.

C’est le 2 juillet 1690 que le lieutenant de milice Guillaume Richard livra son dernier combat. Avec une trentaine de compagnons, il fut tué en tentant de tenir tête à une centaine d’Iroquois qui attaquèrent Pointe-aux-Trembles à la hauteur de la Coulée Grou, un lieu situé tout au bout du boulevard Gouain. Il fut enterré en vitesse parce qu’on avait peur du retour des Iroquois et ce n’est que quatre ans plus tard, le 2 novembre 1694, que les ossements furent transportés au cimetière et qu’on célébra un service religieux.

Généalogie de Guillaume Richard dit Lafleur et d’Agnès Tessier

Agnès, baptisée le 23 août 1676 (Montréal). En 1703, elle épouse Jean Moreau.

Pierre, baptisé le 8 août 1678 (Pointe-aux-Trembles). Il s’engage dans l’Ouest du 27 mai 1701 au 27 juillet 1703. Revenu dans la région de Montréal, il épouse Catherine Larrivé à Boucherville en 1706.

Enfants : Pierre (1708-1709), Joseph (juin 1709-août 1709), Angélique (née en 1711), Marie-Charlotte (née en 1713), Agathe (née en 1715), Marie-Josephe (née en 1717), Catherine (née en 1719), Pierre-Joseph (née en 1721), Nicolas (né en 1723) et Véronique (née en 1725).

Guillaume, baptisé le 29 février 1680 (Pointe-aux-Trembles). Comme son frère, il s’engage dans l’Ouest le 16 juillet 1702.

Jean-Baptiste, baptisé le 19 mars 1682 (Pointe-aux-Trembles). Le 15 août 1718, à Montréal, il épouse Marie-Anne Yon-Ladécouverte, une amérindienne de la nation Miamis (selon la source, on trouve Marie-Anne You ou Marie-Anne Yon-Ladécouverte). Jean-Baptiste était interprète.

            Enfants : Suzanne (née en 1718), Agnès (née en 1719) et Jean (né en 1721)

Marguerite, née en 1683 ou en 1685 (Pointe-aux-Trembles). Elle épouse Jean Bonnet en 1705.

Claude, baptisé le 30 janvier 1684 (Pointe-aux-Trembles). On sait qu’en 1706, il habitait la Pointe-aux-Trembles.

Marie-Anne, baptisée le 1er avril 1686 (Pointe-aux-Trembles). Le 23 novembre 1705, elle épouse Mathieu Coiteux.

Marie-Madeleine, baptisée le 14 ou 15 mars 1688 (Pointe-aux-Trembles). Le 22 novembre 1708, elle se marie en premières noces avec Pierre Lambeye. En secondes noces, elle épousera Pierre Desjardins le 24 mai 1723.

Urbain, baptisé le 25 mars 1690 (Pointe-aux-Trembles). En 1719, il épouse Marguerite Fleuricourt.

             Enfants : Urbain (né en 1720(, Marie-Marguerite (née en 1722), Alexis (né en 1723), Marie-Angélique (née après 1723), Joseph (né en 1725), Jean-Baptiste (né en 1726), Louis (né après 1723), Marie-Charlotte (née en 1728).