Pierre Richard (Cap-Saint-Ignace)

Pierre Richard naquit en 1646 à Saint-Georges-des-Coteaux, près de Saintes en France. Son père était Antoine Richard et sa mère Olive Noual.

Retenons que l’ancêtre Richard avait vu le jour dans la Saintonge, ancienne province de France, peu accidentée, possédant un climat maritime par excellence doux et humide. Les ressources naturelles de la Saintonge sont plutôt médiocres avec un sol d’une fertilité très variable. Plusieurs marais salants bordent son littoral. Telle est la région française d’ou partit Pierre Richard vers les années 1670.

À Vincelotte

Jean Talon (1625-1694) reçut le pouvoir de faire la concession des terres de la Nouvelle-France du Sault-Saint-Louis jusqu’à l’Est du pays, sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Il eut soin de ramener ainsi les fiefs et les seigneuries à des dimensions moyennes. Le puissant intendant se conformait aux desseins du roi « de peupler de proche en proche »; il donna naissance aux paroisses et mit les colons en état de s’unir contre les iroquois.

Jean Talon, le 3 novembre 1672, tout juste avant son départ, concéda le fief de Vincelotte à Geneviève de Chavigny, veuve de Charles Amiot, frère de Jean et de Mathieu. Ce fief  était situé au cœur de la paroisse actuelle de Cap-Saint-Ignace. Plus tard, le fils de Geneviève, Charles-Joseph, hérita du fief et en prit le titre, le 1er février 1693.

Pierre Richard, dès le 5 février 1673, à Québec, recevait de Geneviève de Chavigny sa concession de terre « en lad.seigneurie de Vincelotte ». Sa terre possédait 4 arpents de front sur le fleuve avec 40 arpents de profondeur. Pierre s’engageait à payer à la Saint-Rémi, chef d’octobre, la somme globale de 8 livres annuelles de rente pour toute sa concession. Le même jour, Jacques Bernier, dit Jean de Paris, habitant de l’île d’Orléans, en recevait le double. Selon la coutume reçue, Pierre obtenait le droit de chasse et de pêche; il promettait de faire moudre ses grains au moulin banal lorsqu’il y en aura un de bâti et aussi d’entretenir les chemins jugés utiles pour le public et qui passeront sur sa concession, etc.

À cette époque, pour délimiter les bornes d’une conces­sion le notaire n’utilisait pas comme aujourd’hui un numéro cadastral; il rapportait le nom de la seigneurie là où se trouvait la terre; Vince1otte; puis. le nom des voisins. Pierre Richard, en 1673. avait comme voisins d’un côté les terres du manoir; de l’autre, les terres non concédées. Aux yeux des contemporains, il s’agit d’une description assez vague. En 1681. Jean Gaudreau et Robert Gaumond seront rapportés comme étant les voisins de Pierre Richard.

Ainsi fut fait et accepté. Pierre établira là ses pénates jusqu’à la fin de ses jours. il commencera par défricher un morceau de terre avant de construire sa petite maison et de jeter en terre ses premiers grains de blé.

Il fallait du courage plein le cœur et des bras vaillants pour entreprendre une vie dans ce coin de forêt vierge du pays neuf.

Des noces à Cap-Saint-Ignace

En face à l’île aux Grues, il y a un petit cap, formant presqu’île, appelé cap Saint-Ignace. Ce titre a-t-il été donné par un père jésuite? On ne saurait le prouver. -Ce nom ne tarda pas à s’étendre aux établissements qui se formèrent dans les environs. et le 30 octobre 1678. écrit l’abbé Sirois. lorsque Mgr de. LaVal j érigea la paroisse. il lui donna une sanctionofficie1le».Plus tard.le3 octobre 1700. Mgr de Saint­-Vallier nomma monsieur Louis Mathieu premier curé résident de « Saint-Ignace du Cap-Saint-Ignace».

Après 7 ans de préparation, Pierre Richard se dit prêt à fonder son foyer. Une brave fille, Françoise Mivil1e, voulut bien l’accepter comme son homme. Françoise, issue de François Miville, dit LeSuisse, et de Marie Langlois, née le 30 mars 1665, avait été portée sur les fonts baptismaux de Notre­-Dame de Québec le 13 avril suivant par son oncle Jacques Miville et sa tante Marie Miville, épouse de Mathieu Amiot, dit Villeneuve. Le père jésuite dieppois Claude Dablon avait versé l’eau baptismale sur la tête de la petite qui deviendrait l’aïeule des Richard.

François Miville possédait une terre de 3 arpents de front dans la seigneurie de Lauzon depuis le 29 juin 1661. Les terres de François, de Jacques Coquerel et de Henry Brault, dit Pominville, avaient été érigées en fief sous le nom de Miville, dans le territoire actuel de Saint­-David. Le 3 novembre 1672, Talon avait concédé au sieur François Miville un autre fief de «seize arpents de terre de front sur cinquante de profondeur, à prendre sur la rivière de la Chaudière, avec l’isle Fortunée, au lieu dit la Bonne entente ». Ceci pour dire que Françoise Miville n’était pas une fille de roturier.

Pierre Richard et Françoise Miville, le 3 novembre 1680, firent appel au notaire Pierre Duquet pour rédiger leur convention matrimoniale selon la coutume de Paris. Françoise avait 15 ans révolus. Évidemment, comme Françoise était la nièce de Mathieu Amiot, dit Villeneuve, frère du seigneur Charles Amiot, de Vincelotte, tous les Amiot assistaient au contrat de mariage, y compris Geneviève de Chavigny, avec son second époux. Jean-Baptiste Couillard, sieur de l’Espinay.

La bénédiction nuptiale fut accordée par l’abbé Thomas Morel, à Cap-Saint-Ignace, probablement dans la maison de Jacques Bernier où avaient lieu les actes religieux. Le mis­sionnaire inscrivit l’événement dans le registre de l’Islet. Guillaume Couture, de Lauzon, et Jean-Baptiste Couillard, sieur de l’Espinay, seigneur de la Rivière-du-Sud, servirent de témoins de marque.

Quels étaient les biens que pouvait offrir Pierre à sa nouvelle épouse? C’est ce que nous allons voir à l’instant.

De 1681 à 1719

Le recensement s’avère toujours un instrument précieux pour déterminer l’avoir d’un habitant, sa famille, son cheptel l’endroit exact où il habite.

Malheureusement, les recenseurs de 1681 oublièrent de mentionner la femme de Pierre Richard, Françoise Miville. Cependant, ils écrivirent que Pierre avait 34 ans, 2 fusils, 1 vache et 8 arpents de terre en culture. Ses voisins nommés étaient Robert Gaumond et Jean Gaudreau. Le fief Vincelotte, se trouvait enclavé dans la seigneurie de Bellechasse.

Dans son rapport au Roi, en 1683, Mgr de Laval écrivit ceci: « Le Cap-Saint-Ignace (Seigneurie de Vincelotte) contient une lieue; il y a 12 familles et 47 âmes. Dans la seigneurie de Gamache et de Bellavance, qui n’ont ensemble qu’une demi lieue, il y a 4 familles et 23 âmes.». Tel fut le noyau d’où devait sortir la belle paroisse de Cap-Saint-Ignace: 16 famille pionnières et 70 habitants, dont les membres de la famille Richard.

Au cours des ans, Pierre Richard s’est construit une maison de pièce sur pièce de 40 pieds de long et de 20 pieds de large, couverte de bardeau. Elle possédait une belle cheminée en pierre. La grange mesurait 50 pieds en longueur; l’étable, aussi de pièce sur pièce.

Les sieurs Nicolas Gamache et Bernier avaient offert les terrains pour la construction de la première église. Mgr de Laval accepta la donation de Gamache. Les habitants du lieu en 1683, construisirent donc une chapelle en bois dans le fief Gamache. Il est certain que Pierre Richard fit sa part pour la construction de cette première église.

Cependant, en 1686, Mgr de Saint-Vallier la trouva par trop minable. Quelques années plus tard, les paroissiens élevèrent à côté de cette première chapelle une église en pierre qui dura jusqu’en 1744, époque où elle s’écroula avec une partie de la côte dans le fleuve.

Rappelons ici que ce sont les héritiers de Pierre Richard, fils, qui donneront gratuitement le terrain où est située l’église actuelle de Cap-Saint-Ignace. Une grande partie de la rue Jacob se trouve sur la terre ayant appartenu à Pierre Richard. Cette rue Jacob fut nommée ainsi en l’honneur de Jacques Richard, dit Jacob; celui-ci naquit à Cap-Saint­-Ignace, le 10 février 1773. Il était fils de Joseph Richard et de Marie-Geneviève Bernier, petit fils de Pierre, arrière-petit-fils de l’ancêtre Richard.

La richardière

Pierre Richard et Françoise Miville ouvrirent les portes de la vie à une douzaine d’humains: Pierre, Jean, Marie, François, Agathe, Joseph, Marie-Françoise, Marie-Madeleine, Geneviève, Angélique, Ursule et Joseph, soit 7 filles et 5 garçons, tous nés et baptisés à Cap-Saint-Ignace, entre 1681 et 1700. L’abbé Thomas Morel inscrivit cependant l’acte de baptême de l’aîné Pierre dans le registre de l’Islet, le 30 septembre 1681, et celui de Marie fut déposé à Rivière-Ouelle par l’abbé Pierre Sennemaud.

Joseph Richard ne vécut que l’espace d’un mois à peine. Sa sœur Ursule respira l’air du pays pendant 5 jours seule­ment. La destinée de Marie et d’Angélique nous est inconnue. Quant au cadet Joseph, né le 1er septembre 1700, il vivait encore le 3 avril 1720.

L’aîné Pierre s’allia à la famille Gamache en épousant Elisabeth, le 7 janvier 1709, à Cap-Saint-Ignace. Ils surent s’assurer une belle descendance avec leurs 10 enfants dont André et Lazare, jumeaux. Après la mort d’Élisabeth, surve­nue en février 1750, Pierre convola avec Marie-Françoise Dumas, veuve Jean Fournier, le 22 février 1751. Pierre fut inhumé dans sa paroisse natale, le 8 janvier 1756.

Le deuxième fils de la famille Richard, Jean, épousa lui aussi une Gamache. Anne, fille du seigneur Nicolas et d’Élisabeth-Ursule Cloutier. On célébra les noces le 16 janvier 1713. Dix rejetons leur furent donnés. Anne fut enterrée à Cap-Saint-Ignace, le 15 octobre 1748. Marie Fournier, le 21 juillet 1749, devint la seconde épouse de Jean; celui-ci décéda en janvier 1763.

Le filleul de François Miville et de Ursule Cloutier reçut son prénom de son parrain, le 13 juin 1688. Charlotte­-Françoise Bernier accepta François Richard comme son homme. le 6 novembre 1719, et lui donna 13 enfants à aimer. Une petite fille baptisée le 5 mai 1734, Marie-Angélique, périt, noyée, en octobre 1735.

Agathe Richard épousa Jean-Baptiste Gamache, le 8 janvier 1712. Elle décéda à la suite de la naissance de son premier enfant qui ne survécut pas, le 8 décembre 1712. Sa sœur Marie-Françoise alla chercher son mari dans la famille de Claude Guimond, capitaine de milice, le 6 novembre 1713. Hélas! Louis Guimond décéda après à peine 3 ans de ma­riage. Mère de 2 enfants Guimond, la veuve se remaria avec Jean Gaudreau, veuf de Geneviève Bernier, père de 3 reje­tons, le 26 mai 1716. Elle enrichit le capital humain des Gaudreau en ajoutant 4 autres sujets.

François Fortin. le 31 janvier 1719, prit pour épouse Marie-Madeleine Richard. Ensemble, ils élevèrent une famille de 9 enfants, selon Tanguay. Quant à Geneviève Richard, elle épousa à Beauport, le 16 août 1723, René-Lucien Chevalier. Douze enfants leur furent donnés. Geneviève fut enterrée à, Beauport, le 9 mai 1768.

Un lundi 13

Telle est la ramée de la Richardière, presque, toute déployée à Cap-Saint-Ignace.

Pour établir ses garçons, Pierre Richard avait eu soin de se faire concéder par le seigneur Vincelotte les 3 premières terres du deuxième rang, du côté ouest, en partant des limites de la seigneurie Gamache. Un acte du notaire François Genaple, 21 février 1704, et un autre du notaire Louis Chambalon. 30 octobre 1711, en sont la preuve. Trois fils de Pierre Richard: Pierre, Jean et François sont donc les premiers colons du deuxième rang, au sud du Bras Saint-Nicolas.

Pierre Richard décéda subitement dans l’église de Cap­-Saint-Ignace, le lundi 13 février 1719. Le curé Pierre Leclair (1687-1761) écrivit dans le registre qu’il s’était approché des sacrements 8 ou 10 jours auparavant « Ont assisté à son enterrement ses parents, ses amis et presque toute l’escorte ». Douze témoins sont cités dans l’acte: d’Eustache Fortin à Philippe Bernier. Le défunt avait 70 ans dont au moins 46 dans sa seigneurie et paroisse d’adoption.

La patrie venait de perdre l’un de ses humbles et bons pionniers.

Le notaire Abel Michon, commissionné depuis le 1er avril 1711 pour servir dans les côtes et seigneuries du gouver­nement de la Nouvelle-France depuis la Pointe-Lévy jusqu’à Kamouraska, fut appelé, le mercredi 3 avril 1720, à présider l’inventaire des biens laissés par Pierre Richard et sa veuve. Ce fut une opération longue mais facile. François, fils, était demeuré à la maison comme surveillant. Claude Guimond, capitaine de milice, et Augustin Gagné, acceptèrent d’être arbitres, à condition que le sieur Jean Fournier soit nommé comme troisième.

Les ustensiles de la cuisine impressionnent par leur nombre. Rappelons par curiosité: l poêlon qui n’a pas de queue, l petit plat en corne, l vieux chandelier de cuivre, l chopine d’étain, 1 demiard, 14 bonnes terrines, 2 fer à flasquer, etc.

De plus, il y a plusieurs haches. 1 enclume, des tenailles, 1 marteau. des faucilles, 1 piège, des scies, 1 râteau, 1 égoïne, 2 faulx, 3 fusils, 1 saloir, 1 rouet et sa canelle, 1 métier à toile, 61 livres de fil, 1 charrue garnie, 1 charrette, 1 traîneau, 1 carriole, etc. «Attendu qu’il est nuitée », la poursuite de l’inventaire fut remise au lendemain.

Le 4 au matin, furent estimés 1 canot d’écorce, 2 vans, 10 poules et 1 coq, 6 oies et 9 porcs. Dans la grange apparurent 200 gerbes de blé, 197 minots de blé battu, 8 minots de pois, 3 d’avoine, 21/2 de graine de lin.

À l’étable, il y avait 1 cheval, 1 cavale, 2 paires de bœufs, 2 taureaux, 2 génisses, 2 vaches et 7 moutons. A la fin, le notaire signale l’existence d’un procès-verbal d’arpentage de terre rédigé le 7 septembre 1694 et une quittance en date du 3 novembre 1705, signée «Vincelotte et le Rouge ».

Le samedi 6 avril, l’on procéda au partage des biens familiaux dans la paix et la concorde. La terre fut divisée «en deux dont la merre est tombé au nord est qui est a cause que sa valeur est plus forte ». L’autre moitié fut séparée en 8 parties. Les héritiers reçurent donc chacun en largeur 3 perches, 3 pieds et 3 pouces. Mais, le plus bel héritage, c’était l’amitié et la vie dont les biens matériels n’étaient qu’un très maigre symbole.

Et, le 15 juillet 1720, veuve Richard reçut de Jean­ Baptiste Gamache, mari de défunte Agathe Richard, la somme de 36 livres 8 sols et 8 deniers « monnaie sonnante », « au taux du Roy », soit 5%. Elle lui remettra cette somme à la première demande. Lors de l’aveu et dénombrement du seigneur de Vincelotte en 1724, la veuve Richard possédait 50 arpents en culture. Les fils François, Pierre et Jean n’en possédaient ensemble que 44.

Françoise Miville décéda en 1727. La page du registre est déchirée. Mgr Tanguay a lu: 5 décembre. Françoise repose en paix dans le cimetière de Cap-Saint-Ignace depuis le 6 décembre 1727.

Passent les jours, passent les ans, passent les siècles, mais nous gardons à jamais le souvenir émerveillé de nos vaillants ancêtres.

BIBLIOGRAPHIE

Greffe Becquet, 5 février 1673.

Greffe Chambalon, 30 octobre 1711.

Greffe Duquet, 3 novembre 1680.

Greffe Genaple, 21 février 1704.

Greffe Michon, 3 et 6 avril 1720, 5 juillet 1720.

Dauzat, A1bert. Dictionnaire étymologique des Noms et Prénoms de France  (1951). p. 520.

Jetté, René, Dictionnaire Généalogique des Familles du Québéc. (1983), p. 982.

Lafontaine. André. Recensement annoté de la Nouvelle-France 1681 (1986). p.194.

Richard. Joseph-Arthur. Histoire de Cap-Saint-Ignace (1970), pp. 45. 88.